C'est à la fin des années 90 qu'en région lilloise, quelques jeunes créateurs de mode décident de se lancer à leur compte, et de présenter au public leurs silhouettes, bien décidés à affirmer leur " griffe ", et à la vendre. Bien que tous aient connu des fortunes très diverses, ce courant n'a pas vraiment faibli ces dernières années.
En France comme en Belgique, les sections " stylisme " se sont répandues des écoles d'art vers les écoles professionnelles, des capitales vers les métropoles régionales. Ces mêmes lieux de formation ne désemplissent pas. L'engouement pour les métiers de la mode, du style, de la beauté n'a jamais été aussi exacerbé, comme si ceux-ci colportaient des valeurs " refuge " en réaction à l'émergence des pays à bas salaire en matière de production textile. Des actions émanant de collectivités publiques, ou des initiatives privées, sous la forme d'associations, tendent à encourager l'émergence des talents, et à favoriser leur notoriété auprès d'acheteuses potentielles.
Cette série est en quelque sorte le miroir de ces aspirations; à travers les créations de Thomas Siceaux, d'Alphonse Sène, d'Eglantine Vermeulen (Rhum Raisin), de Sarah Lhoir (Alixandjo) et Céline Collard ( toutes les deux à Bruxelles), ou encore de Sophie Deleu, de Francesca Marotta (à Londres), ou Sophie Pérard, c'est toute une génération de jeunes professionnels de la mode en quête d'autonomie, une économie en quête de " niches " qui essaie tant bien que mal à réussir son positionnement.
La photo est incontestablement l'outil qui permet d'être au diapason de ces créatifs, de s'ouvrir à leur inépuisable pouvoir visionnaire, et d'aiguiser, enfin, sa sensibilité aux matières, et à leur mise en forme.